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2011 Diagonale M-H 1 (3)Diagonale Menton-Hendaye, prudence !

C’est une des plus courtes, avec moins de relief, mais attention au vent contraire, ai-je souvent entendu ou lu. C’est avec cette idée en tête et mille questions que je me suis lancé dans cette nouvelle aventure.

Le transport à Menton, en train, ne fut pas trop astreignant. Quand je débarque, je pars faire un repérage pour prendre la bonne route demain matin. A la croisée de deux rues je tombe roue à roues avec deux diagonalistes de Viry-Chatillon. Ils arrivent d’Hendaye et attendent le train de nuit qui doit les reconduire dans la région parisienne. Une bizarrerie sur l’une des plaques de cadre, elle affiche Menton-Hendaye. A croire qu’il l’a faite à reculons. En fait il n’y avait plus de plaque Hendaye-Menton.

 

Dimanche 3 juillet 2011, à 05h00, carnet de route tamponné, je quitte le commissariat de police de Menton. Le fonctionnaire m’indique la route de la Turbie. Temps agréable, température de 20°C, léger vent favorable, que du plaisir. Mais très vite j’attaque sec la montée. Cependant c’est un itinéraire nettement mieux que par la petite ou moyenne corniche. En plus la vue sur la baie est somptueuse, la mer est calme et tout est encore endormi. Je poste à La Turbie la carte « départ », puis tranquillement je franchis le col d’Eze et j’arrive en trombe dans Nice.

Je rencontre deux cyclistes qui partent pour leur sortie dominicale. Ils me proposent gentiment de m’accompagner un bout de route. Il est 07h00, il y a peu de voitures et le long de la promenade des Anglais, il fait bon rouler. Je me trouve ainsi dans un flot de cyclistes, eux sur leur frêle monture, moi avec sacoches avant et arrière. Pas de remarque désobligeante de leur part. Corrects, voire même indifférents. Puis nos chemins divergent.

Après Villeneuve-Loubet, la montée vers Grasse se fait lentement mais sûrement. Je me souviens d’odeurs de parfum que j’avais connues il y a quelques années, en vacances dans la région. A défaut, le chant des cigales, de plus en plus fort que s’élève la température, enivre tout autant. Quel concert, quelle chaleur, et quelle partie de toboggan jusqu’à Draguignan, premier arrêt contrôle. J’effectue quelques achats dans une épicerie pour reprendre des forces.

Je poursuis sur cette route brûlante. Je m’asperge fréquemment les bras, les jambes, le visage et le haut du crâne. Le retard par rapport à ma feuille de route s’accumule, à cause du vent mais aussi en raison de mes nombreux arrêts buvette. C’est aussi l’occasion de prendre un peu de fraîcheur à l’ombre des platanes où il n’est pas rare de trouver quelques personnes attablées et d’engager une courte conversation. Les provençaux sont bien sympathiques.

Plus j’avance dans cette Provence, au pied du Luberon, et plus le vent accentue mon retard. J’avise donc l’hôtel à Arles de mon arrivée plus tardive. Au pied de la chaîne des Alpilles, je ne verrai pas les Baux-de-Provence, ni le moulin de Daudet près de Fontvieille car il fait déjà nuit. Pour rejoindre Arles-Sud, terme de cette étape, j’avais tracé un itinéraire depuis Paradou, par des petites routes à travers des marais asséchés. Mal m’en pris d’avoir opté pour cette solution car je me suis perdu. Je suis seul dans la nuit, sans panneau indicateur. Par chance j’intercepte un véhicule. Le conducteur me dirige et m’indique de suivre la direction de l’abbaye de Montmajour dont la silhouette massive se détache à l’horizon.

Arrivé aux portes d’Arles je cherche mon lieu d’hébergement pour la nuit. Point d’hôtel à l’horizon. Alors que je m’engage sur une route, un véhicule de la police nationale m’invite à m’arrêter. Je me trouve par erreur sur la voie rapide, interdite aux cyclistes. Après m’être excusé, l’un des policiers m’indique l’hôtel.

Ouf ! Enfin arrivé. Il est 23h00 et j’ai parcouru 314km.

 

Lundi 4 juillet 2011 je repars à 05h30 de l’hôtel Ibis après un petit-déjeuner copieux préparé si tôt par le veilleur de nuit. Le ciel est un peu couvert et le vent n’a pas cessé, même s’il a baissé en intensité.

Dès le départ une autre erreur de parcours m’envoie vers Port-Saint-Louis, au lieu d’Aigues-Mortes. Et résultat quelques kilomètres en plus au compteur. La traversée de la plaine de la Camargue ne me met pas en avance car la force du vent s’intensifie. Dans ce mélancolique paysage de marais et d’étangs se dresse au loin les remparts d’Aigues-Mortes. Je les contourne par la droite pour rejoindre le littoral, via le Grau-du-Roi, la Grande-Motte, Palavas-les-Flots.

Ma progression est d’autant plus lente que les feux tricolores sont nombreux. Cela demande plus de vigilance et d’attention aux directions à prendre. La feuille de route c’est une chose, sur le terrain cela en est une autre. Et ce diable de vent qui a vraiment décidé de me contrarier.

Il fait de plus en plus lourd, je m’arrête souvent pour étancher ma soif. Je fais même une pause sous un arbre, bien à l’ombre pour manger une barquette de taboulé et quelques biscuits.

Le contournement de Montpellier et de Béziers m’a posé des problèmes de navigation qui, liés au vent et à la chaleur, contrarient ma progression.

A Poussan je cherche la route de Loupian. Des autochtones, bien gentils, me renseignent mais cela ne suffit pas. Après plusieurs kilomètres je me retrouve coincé dans une carrière. Je suis obligé de faire demi-tour et d’avaler quelques bosses assez sévères. Finalement je trouve ma route mais j’ai perdu du temps.

A Vias je contourne Béziers par le sud, pour éviter la N112 très chargée. Mais que faire, à la croisée de chemins sans panneau indicateur. Heureusement il y a de bonnes âmes. Ainsi pour rejoindre Portiragnes, un cycliste, retraité sans doute, mais fort sympathique, propose de m’accompagner pour m’indiquer la bonne route. Cela ne le gêne pas car en attendant de regarder le tour de France à la télévision, il va toujours faire un tour de vélo, histoire de se mettre en condition pensais-je. Merci quand même l’ami. Dans un dédale de chemins je parviens à Portiragnes.

Pour rejoindre Capestang, mon cinquième contrôle, je n’hésite pas à m’élancer vers l’Oppidum d’Ensérune à quelques 120m de hauteur, sur une colline rocheuse, à la pente raide, d’où l’on domine les plaines alentours sur les régions de Béziers et de Narbonne. Cet intermède n’était pas prévu. Je croyais vraiment rejoindre Capestang plus directement. La fatigue certainement a émoussé ma vigilance et mon attention. Je fais demi-tour après quand même avoir admiré le paysage qui s’offre à mes yeux. Je dévale cette bosse pour reprendre la bonne route.

Au contrôle du carnet de route à Capestang, je fais le point. Il est 18h30, j’ai trois heures de retard sur mon horaire, beaucoup de kilomètres en plus, le vent contraire souffle fort et il fait chaud et lourd. Je n’ai pas prévu de m’arrêter ici mais à Bram, 85km plus loin. Je repars doucement, mais en passant devant un hôtel à la sortie de la ville, je n’hésite pas, je m’arrête. Je décide de prendre du repos ici et surtout de manger chaud. Coup de téléphone pour annuler ma réservation à l’hôtel de Bram.

Je n’ai malheureusement parcouru que 208km pour cette journée.

 

Mardi 5 juillet 2011, je repars à 02h15. J’ai mal dormi, trop chaud et hôtel assez bruyant avec passage de véhicules. Comme le rendez-vous avec Bernard Lescudé est fixé aux alentours de 10h00 ce matin, il fallait bien se lever tôt.

Quand je mets le nez dehors, je me rends compte que le vent n’est pas tombé. Eh bien, s’il en est ainsi je vais lutter pour rejoindre Hendaye à quelques 500km de là. Non mais, ce n’est pas un peu de tramontane qui va m’arrêter.

A cette heure matinale je suis particulièrement seul sur cette route minervoise qui relie Béziers à Carcassonne. Faisant abstraction de mon principal rival je me concentre sur la gestion de mon effort, changement de braquet au moindre faux-plat, alimentation, mais aussi vigilance sur l’état de la route.

Après Capendu, une déviation est mise en place en raison de travaux 8km avant Carcassonne. J’hésite à la prendre car je ne sais pas où elle va me mener. Comme il est de bonne heure je me dis qu’il n’y a personne sur le chantier. J’enfreins cette interdiction et je m’élance sur la route. Une croûte du bitume est grattée mais c’est roulant.

A Trèbes je pensais contourner Carcassonne par le nord, en longeant l’Orbiel. Finalement j’opte pour rejoindre la cité directement. Je trouve de nouveau des travaux à la sortie de Trèbes après le passage sous la voie ferrée. La circulation se fait à double sens sur une voie étroite où commencent à circuler de nombreux véhicules dont des camions. Tant pis je prends sur la droite la large voie en réfection interdite à la circulation mais pouvant être autorisée aux riverains. J’ai bien fait car je traverse sans encombre le centre ville.

Après un petit arrêt dans une boulangerie, en route pour Bram mon cinquième contrôle. Lorsque je l’atteins, j’ai rattrapé un peu de temps perdu, mais la route est encore longue. Le vent a un peu faibli. Pour l’instant pas d’autre erreur de navigation. Dans cette vallée de la Vixiège, il fait bon rouler et la température est agréable. Il fait soleil et le vent plus faible. En prime une vue sur les Pyrénées que je garderai jusqu’au coucher du soleil.

Après Belpech mon attention est plus en éveil et je scrute chaque cycliste que je peux croiser. A2011 Diagonale M-H 1 (1) quelques encablures de Saverdun j’aperçois un grande silhouette, et plus je m’approche, plus je devine qui se cache derrière le viseur de l’appareil photo. C’est Bernard Lescudé, du service accompagnement routier. Passage à son domicile à Saverdun pour un solide casse-croûte. Puis je me remets en selle. Je lui fais remarquer qu’en plus de mes bagages, je porte sur mes épaules le poids du passé. En effet le Pont Valentré, chargé de plus de 700 années d’histoire, orne le dos du maillot du club. Je le remercie pour l’accueil.

Je sais à ce moment qu’il me faut, pour arriver dans les délais, rouler toute la nuit prochaine. Le soleil chauffe de plus en plus et le vent n’est toujours pas favorable. Avant et après Saint-Sulpice-sur-Lèze, sixième contrôle, je rencontre deux bonnes côtes pour atteindre la Garonne et prendre la direction du Pays Basque.

Je rejoins la D817, ex N117, axe Toulouse-Bayonne, jadis énormément fréquentée mais aujourd’hui plus calme, mais c’est relatif. Pendant plus de 200km elle va me faire souffrir.

J’arrive à Lannemezan, septième contrôle, à une heure à laquelle je dois penser à faire quelques emplettes pour me restaurer et attaquer cette longue nuit. Après un repos un peu plus long je repars.

J’ai bien aimé la longue descente après Lannemezan, qui mène à Tournay. Je n’ai pas aimé les côtes entre Bordes et Tarbes et celle de Ger après Tarbes. En plus en quittant cette ville un gros nuage menaçant au-dessus de ma tête a déclenché de fortes rafales de vent de face, dans de longues lignes droites. Mortel !

La nuit venue tout s’est calmé un peu. Après le long contournement de Pau par la rocade nord, je rattrape la route d’Orthez. Je ne regrette pas d’effectuer cette partie de nuit. En effet je suppose que dans la journée cela doit être plus compliqué avec la circulation. Mais cela n’est pas ennuyant car la route via Lacq est largement éclairée. Toutefois je ressens un coup de fatigue.

J’arrive à Orthez, mon huitième contrôle, à 02h00(Mercredi 06 juillet 2011), soit 01h00 avant l’heure de départ que j’avais prévue si j’avais fait étape ici. Je suis satisfait d’avoir rattrapé mon retard. Je m’accorde ¾ heure de sommeil sur un banc. 

2011 Diagonale M-H 1 (4)  La sonnerie du réveil que j’avais programmée me rappelle à la réalité. Il me faut poursuivre pour arriver avant 11h00.

Je n’ai plus trop de fraîcheur et vaille que vaille, j’atteins les rives de l’Adour après Peyrehorade. Je sens bien quand même un manque de sommeil, et à Bayonne je poste la carte « arrivée ». Je prends la route de Biarritz tout en faisant attention de ne pas me tromper. Je monte, je tourne, je vire, et je me retrouve soudain de retour vers Bayonne. Que s’est-il passé ? Je ne sais pas. Après quelques renseignements auprès de passants, je suis lancé sur la bonne route. Mais après Saint-Jean-de-Luz, à Ciboure, je me retrouve, sans le vouloir, sur la route de la corniche basque. En effet j’avais prévu d’aller direct à Hendaye par l’ex N10. Toutefois je ne regrette pas ce détour car la vue est belle et il n’y a pas de vent contraire. Par contre il y a des bosses.

Le final sur Hendaye-Plage est très descendant. Je suis un peu désorienté et je cherche le commissariat de police. Je longe la plage, la houle est forte et des surfeurs affrontent les vagues. Finalement c’est à Hendaye-ville, tout au bout de la plage que je trouve l’hôtel de police. A 09h30 la charmante fonctionnaire appose le cachet tant attendu sur mon carnet de route. Elle couche également mon nom sur un registre dédié à tous les diagonalistes qui partent ou arrivent ici.

J’ai parcouru 506km et j’ai hâte de dormir un peu.

C’est ma 9ème diagonale, la dernière de la série et satisfait de l’avoir réussie malgré quelques contretemps.

 

Daniel Arnaudet

Publié dans : Sorties-Longue Distance
Mardi 26 juillet 2011 2 26 /07 /Juil /2011 11:30

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Vous le savez, l'été de Daniel Arnaudet, notre Gentil Organisateur de 2 Jours entre Lot et Dordogne, sera chaud, très chaud.

Il est parti ce dimanche 3 juillet de Menton à 5 heures du matin pour tenter de réaliser sa 9ème diagonale de France, la dernière qui manque encore à son palmarès.

Nous avions un informateur sur sa route en la personne de Bernard Lescudé que le club connait bien depuis qu'il est venu nous parler de mécanique.

 

2011 - Menton Hendaye

Voici son message:

  

Daniel Arnaudet est passé ce jour à Saverdun sur sa diagonale Menton-Hendaye.

 

Malgré un léger retard dû au vent de face, hier, dans la région de Béziers, il devrait atteindre le pays basque demain midi.

 

Sa vitesse de progression étant trop élevée pour une photo correcte, nous avons préféré le prendre "au repos".

 

Amitiés

Bernard Lescudé  

 

 

 

Daniel avait prévu d'arriver mercredi 6 juillet vers 8h30 à Hendaye et de rentrer, "tranquillement", à vélo sur Cahors pour poursuivre sa préparation au Paris Brest Paris en août.

Celle-ci ne sera guère interrompue par sa participation à la Semaine Fédérale de Flers du 31 juillet au 7 août.

 

Courage Daniel, tu y es presque!

 

Roland Mangin   

 

 

 

Publié dans : Sorties-Longue Distance
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 13:01

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Conformément à l'article 8 du Règlement des Diagonales de France, Daniel a rédigé le compte rendu de sa randonnée qu'il va adresser au Délégué Fédéral accompagné de son carnet de route.
COMPTE RENDU
de la diagonale DUNKERQUE-MENTON
réalisée du 27/06/2010 au 01/07/2010
par Daniel ARNAUDET

Dimanche 20 juin 2010 lors de la randonnée Figeac – Super Lioran - Figeac, 07h00 du matin, col de Cère (1370m) à Super Lioran (15) il fait à peine 3°C et il pleut avec des bourrasques de neige. Dimanche 27 juin 2010, premier jour de ma diagonale, dans le Pas-de-Calais, vers 14h00, il fait déjà 30°C. Pour dire que le corps doit s’adapter rapidement aux brusques changements de température et d’autant plus pour un diagonaliste soumis aux caprices de la météo.
En partant de Cahors, je savais que la semaine qui allait suivre serait chaude et même très chaude. Je remonte dans le Nord en train. Passage obligé par Paris avec changement de gare. Je rallie la gare du Nord à vélo.
En attendant sur le quai j’aperçois un cyclo équipé un peu comme moi. Il a l’œil rivé sur le panneau d’affichage, dans l’attente de l’annonce du numéro de la voie de départ. Dès que ce numéro magique apparaît, c’est la ruée. Je fonce pour trouver le bon wagon réservé au transport des vélos. Je monte et accroche ma monture à l’endroit idoine. Puis arrive le cycliste aperçu quelques instants plus tôt. Il semble un peu inquiet et monte également son vélo. Il s’agit bien d’un diagonaliste, la plaque de cadre en atteste « Dunkerque-Perpignan ».
 
Il habite Seysses, près de Toulouse. C’est un gars du Sud-ouest, comme moi. Nous avons réservé, sans le savoir, une chambre dans le même hôtel à Dunkerque. Nous partons le même jour, mais pas à la même heure, lui à 07h00, moi à 09h00. Puis nos routes se sépareront après Bergues.


Dimanche 27 juin 2010, le beau temps est là, le ciel est bien bleu et la température est agréable pour le moment.

Le vent ne m’est pas favorable malheureusement. Après un passage devant l’hôtel de ville de Dunkerque et la statue de Jean Bart, j’oblique vers la rue nationale, la rue de Beaumont et la rue de Furnes. J’arrive sur le pont des Moëres et je rattrape la route de Steedam, D72, tranquille où quelques cyclistes s’adonnent à leur passion. Elle me conduit directement à Bergues où je poste ma carte « départ ».
Je repars sur des routes relativement plates. Le mont Cassel dont je m’approche au plus près, rompt cette monotonie.
  Avant de prendre le départ à 09h00, je flâne un peu dans les rues de Dunkerque et sur le quai des Hollandais. Je m’approche même du village départ du Tour de France à la voile qui a lieu ce jour-là. Des bateaux bien alignés s’apprêtent à régater pendant deux jours. Quelques photos et je me rends au commissariat, où l’agent de service tamponne mon carnet de route. A 09h01, je mets les voiles, cap plein sud, vers la belle bleue.
Après un arrêt dans une supérette pour des achats alimentaires. A La Bassée, je recherche un endroit ombragé et je m’installe un instant pour manger. Il fait de plus en plus chaud et j’enlève une pelure de plus. En repartant je fais une erreur de parcours. Je me dirige vers Lille pour me retrouver sur une voie rapide interdite aux vélos. Demi-tour et carte en main, nouvelle et bonne orientation. J’aurai six kilomètres de plus au compteur. A l’approche de Lens, les terrils me rappellent la passé minier de cette cité. Je la traverse sans trop de difficultés.
Mon prochain contrôle à Vitry-en-Artois est le bienvenu. Dans ce bar je peux étancher ma soif et remplir mes bidons d’eau fraîche, mais pas pour longtemps malheureusement. Le terrain est plus vallonné, le bitume chauffe et le vent contraire fait semblant de me rafraîchir. Je n’hésite pas à asperger mes bras, mes jambes, ma nuque, mon visage et ma tête. Cette sensation de fraîcheur m’aide à supporter les brûlures des rayons du soleil.
 
En ce dimanche, il est difficile de trouver un point d’eau. Je profite parfois de la gentillesse des habitants. Ainsi à Crécy-sur-Serre (02), une dame m’a offert de l’eau bien fraîche sortie de son réfrigérateur. Cela m’a donné un petit coup de fouet. Je l’en remercie.
Tranquillement et patiemment, je termine cette journée surchauffée. J’arrive au terme de cette étape à Laon. La partie la plus ancienne (ville haute) est édifiée sur une butte. Elle domine la plaine environnante d’une centaine de mètres. Cela fait environ une dizaine de kilomètres que je l’aperçois.
Il est 20h15 et j’ai parcouru 226km pour une dénivelée de 925m.

Lundi 28 juin 2010, je repars à 01h50. La nuit fut courte car la journée que j’attaque est celle la plus longue. Comme j’avais le feu sur moi j’ai fait la « momie ». Allongé sur le lit, j’ai mis sur mon corps et mes bras la serviette humide dans laquelle j’ai essoré mes vêtements pour les sécher plus vite. Sur mon front j’ai posé le gant de toilette également humide. Par cet effet ma peau revient à température normale.
Je ne regrette pas ce départ matinal. Il fait bon rouler. L’hôtel Campanile qui m’a hébergé est situé sur le parcours. Je file directement vers Reims par la D1044, ex-RN144. A cette heure quasiment pas de circulation. Un relief pratiquement plat, un temps clair. Un régal sur près de 50km.
J’entre dans Reims pour la traverser de part en part. Des travaux sont en cours au cœur de la ville, vraisemblablement ceux du tramway. Difficile de trouver ma direction. Je m’adresse à deux jeunes qui, gentiment, m’orientent parfaitement. Je longe un moment le canal de l’Aisne à la Marne. La ville est encore endormie. Pour m’assurer d’être toujours sur le bon itinéraire, alors que j’attends à un feu tricolore, je m’adresse à une voiture qui vient de s’arrêter derrière moi. C’est un véhicule noir aux vitres teintées. Je lève la main comme pour poser une question. Je suis à la hauteur du passager avant, la vitre s’abaisse et j’aperçois à l’intérieur deux hommes. Tous deux sont vêtus de sombre. Le passager un peu ours, à ma question me répond « Cormontreuil, c’est tout droit ». Puis le conducteur, comprenant mieux certainement mon inquiétude me dit, « au prochain pont vous tournez à droite ». Je les remercie. J’ai bien vu sur leur poitrine l’insigne de la police nationale. Certainement des gens de la BAC en patrouille et interrogatifs sur ce cycliste parfaitement bien équipé, en éclairage et en vêtements réfléchissants. Rien à dire !
Le jour se lève quand je franchis la montagne de Reims et que je traverse le vignoble du Champagne. Et avant Louvois çà monte assez dur. Puis après à Condé-sur-Marne le terrain est plat. C’est avec un peu d’avance sur mon plan de route que j’arrive à Châlons-en-Champagne, la préfecture de la Marne alors que Reims est la ville la plus peuplée de ce département. Au contrôle, je trouve une boulangerie ouverte. Malheureusement la boulangère ne possède pas de tampon du magasin. Elle me dit qu’à cette heure je ne trouverai rien d’ouvert. Ce cachet si précieux fera défaut sur mon carnet de route. Par bonheur, il y a juste à côte une boîte à lettres. Je prends une carte postale, j’y inscris les renseignements obligatoires, un timbre et hop ! je la poste.
Après un solide sandwich à la rosette et aux légumes je reprends la route. Le vent s’est levé, toujours défavorable. Je peux dire que cela va bien. La température monte toujours et les arrêts boissons ponctuent ma longue traversée.
Au sein du parc naturel régional de la forêt d'Orient je passe à Brienne-le-Château dont la ville est dominée par une butte sur laquelle est construit le château auquel elle a donné son nom.
A Bar-sur-Aube située dans la partie méridionale de la région Champagne-Ardenne, je fais quelques emplettes. Dans le magasin où j’entre je suis saisi par la fraîcheur du lieu climatisé. Quel contraste avec l’extérieur. Je recherche des boissons rafraîchissantes mais aussi du solide. Ainsi ravitaillé je repère un endroit ombragé pour m’alimenter et me reposer quelques instants.
Sous une chaleur écrasante je poursuis. Je traverse la forêt de Clairvaux. Je longe la maison centrale et ses longs et hauts murs interminables. Mon prochain arrêt contrôle est à Ville-sous-la-Ferté. C’est une petite commune où je ne trouve aucun commerce ouvert. Il est 12h50. La seule station-service qui pourrait me dépanner n’ouvre qu’à 14h00. Impossible d’attendre jusque là. J’use à nouveau de la carte postale que je glisse dans la boîte à lettres toute proche.
Le relief est actuellement un peu plus accidenté et cela monte légèrement. Je quitte la vallée de l’Aube et j’entre en Bourgogne et plus particulièrement dans le département de la Côte d’Or. Je traverse des parties boisées qui m’apportent de la fraîcheur. Les grandes cultures végétales - céréales et oléagineux - dominent le paysage agricole.
J’arrive aux portes de Dijon, à Genlis où je fais halte à l’hôtel de France. Je me trouve en avance sur mon tableau de marche. Je suis un peu éprouvé par cette journée et les quelques personnes attablées à la terrasse de l’établissement semblent interrogatives. Quelle idée de faire du vélo par cette chaleur, pensent-elles. Mais comme j’ai hâte de me désaltérer et de passer sous la douche, je pose ma monture et je récupère mes bagages sans tarder.
Il est 19h10 et j’ai parcouru 335km pour une dénivelée de 1552m.

Mardi 29 juin 2010 je quitte l’hôtel à 03h45 après avoir pris un petit déjeuner qui se trouve à ma disposition dans la salle à manger du restaurant. Cette attention mérite d’être soulignée.
La nuit est encore claire, la température est agréable et je roule sur une partie plane. Je longe le canal de Bourgogne, je franchis la Saône et le Doubs pour arriver dans la Bresse. Cette région qui ondule, de type bocager, agricole, est surtout connue par son élevage de volailles. De grands panneaux publicitaires me le rappellent.
J’ai également vu à Mervans une église au clocher tors aux tuiles vernissées. Je la prends en photo mais le contre-jour, au soleil naissant, ne donne rien de formidable. Impossible de la prendre sous un autre angle, des arbres la cachent de ma vue. Tant pis. Cela me rappelle le clocher tors de Viel-Baugé dans l’Anjou lors de la semaine fédérale de Saumur en 2008.
A une heure matinale, je fais une halte à Louhans (71), cité médiévale et capitale de la Bresse Bourguignonne. Je repère une boulangerie où j’achète une viennoiserie. Je poursuis ma route, le soleil réchauffe l’air de plus en plus. Le contrôle de Marboz (01) dans une épicerie me permet de faire quelques emplettes. Installé sur un banc je mange avec bon appétit. J’apprécie aussi la boisson fraîche qui me désaltère. Je peux ainsi repartir ragaillardi.
Après avoir traversé Bourg-en-Bresse (01) assez facilement, le vent jusque là défavorable, a tourné. Il me pousse. Cela me donne des ailes et je franchis plutôt aisément cette partie du parcours, la N75, relativement encombrée, jusqu’à Lagnieu. Nouvelle halte casse-croûte sous un soleil de plomb et dans une ville aux murs surchauffés. Je repère un boucher-charcutier traiteur dont ses produits calent ma faim.
Je me remets en selle et je longe le Rhône qui, dans cette partie, n’est pas très large. Il fait chaud, mais le rythme est bon. Aspersion obligatoire à tous les étages, bras, jambes, nuque, visage et sommet du crâne.
Je mets à profit un arrêt, contrôle oblige, à Saint-Genix-sur-Guiers dans le département de la Savoie, pour m’alimenter à nouveau et boire dans un bar, bien à l’ombre. Je prends quelques instants car j’ai de l’avance. J’apprécie le vent toujours dans le dos. Il me reste à peine 70km pour rejoindre Grenoble, terme de mon étape.
A présent la montagne s’offre à mes yeux et rompt ainsi avec une certaine monotonie du paysage. Le temps devient lourd. Des nuages noirs s’amoncellent au-dessus des monts, le tonnerre gronde. Vers Grenoble l’horizon s’assombrit. Je souhaite, en mon for intérieur un peu de pluie. J’avance quand même serein.
Je franchis le col de la Placette (587m) sans difficulté et je plonge vers Grenoble. Une belle descente, rapide, me conduit à Voreppe. Pour suivre les conseils de Jean-Philippe Battu, je décide de prendre la piste cyclable et rejoindre l’hôtel Campanile à Seyssins (38). Au Lieu-dit Le Chevalon je prends bien la direction de Veurey mais après je cherche cette fameuse piste cyclable. Je trouve une piste qui finalement ne sera pas la bonne puisque je ressors je ne sais où, en pleine circulation, complètement désorienté. J’aborde un vététiste pour me renseigner. Il connaît mon lieu d’hébergement. Il va dans cette direction et me propose de le suivre. Ce jeune a un bon coup de pédale et a tôt fait de me semer dans la circulation. Heureusement quelques feux tricolores le stoppent dans son élan. A un moment il s’arrête, puisqu’il arrive à destination, et il m’indique la direction à prendre. Je lui fais confiance mais je cherche encore un moment l’hôtel. Finalement j’apprends que je n’ai pas pris la bonne rive du Drac et donc la bonne piste cyclable. Enfin tout cela n’est que péripétie.
Il est 18h45 et j’ai parcouru 288km pour une dénivelée de 1298m.

Mercredi 30 juin 2010 je quitte l’hôtel à 05h25. La veille je n’ai pas retrouvé dans mes bagages le réveil. J’ai pensé que je l’avais oublié dans l’hôtel de Genlis. Qu’importe je programme mon téléphone portable pour 04h00. Je précise que c’est la première fois que j’utilise cette fonction. Ce qui devait arriver arriva, je n’ai pas entendu la sonnerie ou bien il n’a pas sonné. Je me réveille en sursaut à 05h00, heure à laquelle je devais partir. En toute hâte je me prépare. J’ingurgite quelques biscuits et des tranches de cake et je quitte l’hôtel en suivant les conseils du responsable des lieux pour rejoindre la N75 non loin de là. Tout a bien fonctionné et avec une demi-heure de retard sur ma feuille de route, j’entreprends la longue montée vers le col du Fau (899m) pour sortir de cette cuvette. A ma droite le massif du Vercors et à ma gauche la rivière Drac. Le paysage est magnifique. La route est large et peu fréquentée à cette heure. Quand je bascule au sommet je domine une vallée que je suis longuement avant d’attaquer le col de la Croix Haute (1179m) qui est vite franchi. Après une halte au sommet dans un point restauration, je me repose un peu. Il fait beau, pas encore trop chaud et le vent est encore favorable.
Une longue partie descendante me conduit sans encombre au prochain contrôle à Serres et me permet de refaire le retard pris lors de mon départ. Un coup de tampon à la maison du tourisme locale, de quoi manger et boire frais dans la sacoche, je m’installe à l’ombre d’un arbre à la sortie de la ville.
Une demi-heure plus tard, je m’élance dans la fournaise. De passage à Sisteron, installé dans un bar, le tenancier me parle de la saison touristique qui commence lentement. De l’hiver qui n’en finissait pas, de la neige qui a fait effondrer sa verrière sur la terrasse, de la coupe du monde de football et de notre lamentable équipe de France.
Je le salue et dans une atmosphère de plus en plus lourde je me dirige vers la route Napoléon via Volonne. Cette N85 est très chargée, tout comme le ciel qui s’obscurcit de plus en plus vers Digne. L’orage menace. J’entends le tonnerre à ma gauche et à ma droite. Je vois bien qu’au loin la pluie tombe. Pour l’instant je passe au travers.
Pour rejoindre Barrême, j’emprunte le « shunt » de Digne. C’est là que le temps se gâte pour moi. Le ciel semblait s’être partagé, m’épargnant son courroux. Le tonnerre gronde de plus en plus fort, il y a des éclairs et quelques gouttes tombent. Je m’arrête pour revêtir mon vêtement de pluie et je repars. A peine ai-je effectué quelques hectomètres que des trombes d’eau s’abattent sur moi. Nul coin pour m’abriter. Je suis seul et contraint à poursuivre. L’eau ruissèle sur l’asphalte, mes chaussures se gorgent de plus en plus. Je dépasse un pauvre chien qui marche sur le bas-côté, tête basse et queue entre les jambes. Je suppose qu’il se demande quel déluge lui tombe sur le poil.
Heureusement cela ne dure pas longtemps et après Châteauredon tout se calme. Je respire beaucoup mieux car tout cela m’a rafraîchi. Avant Moriez un chantier me stoppe presque demi-heure sur la route. Je ne suis qu’à 10km de mon point d’hébergement. Après avoir franchi le court col des Robines (988m) j’arrive à St-André-les-Alpes où je passe la nuit et où je peux faire sécher vêtements et chaussures.
Il est 17h30 et j’ai parcouru 216km pour une dénivelée de 2121m.

Jeudi 1er juillet 2010 je quitte l’hôtel « Lac et Forêt » à 03h30. J’ai très mal dormi. J’avais chaud et quelques moustiques n’ont cessé de m’importuner.
Le ciel est dégagé. L’orage de la veille est passé. C’est un peu vaseux que je remonte sur ma bicyclette. La route m’appartient. Aucun véhicule. Au col de Toutes Aures (1124m) sans grande difficulté, je m’équipe d’un coupe-vent pour cette longue descente dans la vallée du Var. A Puget-Théniers je m’accorde dix minutes de sommeil sur un banc d’abri bus. Plutôt que de me retrouver dans le fossé et par prudence je préfère m’arrêter.
A la sortie du défilé du Chaudran, le vent qui jusque-là me pousse, souffle en sens contraire. Changement radical. Il ralentit ma progression. Après Saint-Martin-du-Var, au lieu-dit « Les Moulins », je tourne à gauche pour contourner Nice et éviter sa traversée. Je ne sais pas si j’ai fait le bon choix et si je ne vais pas regretter la promenade des Anglais.
 
Il est vrai qu’il y a du relief et avec la fatigue de la nuit, je trouve cette fin de parcours assez éprouvante. En plus avant d’arriver à Aspremont, je sens ma roue arrière talonner. Un coup d’œil, mon pneu se dégonfle. Je m’arrête, j’enlève mes bagages et démonte la roue et le pneu. Inutile de réparer, la chambre est fendue au niveau de la valve. Une chambre neuve bien talquée et je remonte le tout sans affolement car je suis toujours dans les délais.
A La Trinité j’envoie ma carte postale « Arrivée » à Marc et Annette et j’attaque la montée vers la Turbie. Avant de passer sous l’autoroute un saut de chaîne me contraint à un nouvel arrêt. Le sommet est proche et bientôt la délivrance. La descente, près de 15km, est belle et ensoleillée. Un petit arrêt en corniche pour prendre une photo sur le cap Martin et quelques yachts amarrés dans la baie.
 
Il est 11h15 lorsque je présente mon carnet de route au commissariat de police de Menton. J’avais prévu d’arriver à 11h00 et le départ différé et les petits incidents mécaniques ne m’ont pas beaucoup retardé.
J’ai parcouru 132km pour 1487m de dénivelée.
Je suis content d’avoir réussi cette 8ème diagonale. Elle m’a paru moins difficile que les deux dernières, Hendaye-Strasbourg et Dunkerque-Perpignan. Malgré la chaleur, je pense l’avoir mieux gérée.
Publié dans : Sorties-Longue Distance
Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 07:45

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