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Les Brèves

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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 13:07

Récit de la diagonale BREST-STRASBOURG réalisée du 02/07/2007 au 05/07/2007

En cette année de préparation de Paris-Brest-Paris, je me suis dit pourquoi ne pas profiter de la dynamique des brevets qualificatifs pour effectuer une diagonale et pourquoi pas Brest-Strasbourg afin de m’imprégner des difficultés à venir. Une partie de mes projets est réalisée.
A la veille de mon départ pour Brest je récupère un véhicule de location dans lequel je range mes bagages et mon vélo. La nuit sera un peu courte car pour rejoindre mon lieu de départ j’ai quelques kilomètres à parcourir. Je suis quand même inquiet car la météo, en ce mois de juin, n’est pas très belle. Au milieu de la nuit je refais dans ma tête la liste de mes effets afin de vérifier si je n’ai rien oublié. Tout d’un coup en pensant au vélo, j’ai un doute. Je ne me souviens pas avoir mis la roue avant dans le coffre. C’est pas possible ! Je me lève pour aller vérifier. Effectivement, il n’y a pas la roue avant dans le véhicule et vraisemblablement je ne m’en serais pas rendu compte en partant de nuit. Et faire une diagonale sur la roue arrière relève de l’exploit.
Mes craintes météorologiques se confirment dès mon arrivée à Brest : il pleut. Il pleut aussi dimanche.

Le lundi 2 juillet à 01h00 en quittant le commissariat de police de Brest le fonctionnaire de service me conseille la prudence sur la route car me dit-il « il y a beaucoup de gens alcoolisés ici». Il ne pleut pas. L’air est frais et le vent souffle favorablement. Je me dis que j’ai peut être de la chance.
La circulation est pratiquement nulle. Tout va bien jusqu’à Guipavas où je rencontre les premières gouttes de pluie. Je suis obligé de m’arrêter et de m’équiper. Je poursuis ainsi et plus j’avance plus il tombe averse. Je ne me démoralise pas, je continue. J’arrive à Landerneau où je cherche une boîte à lettres pour envoyer aux délégués fédéraux la carte postale « départ ». En protégeant au maximum le document du mauvais temps je réussis à y inscrire les renseignements nécessaires. Ça commence fort.
En route vers Sizun la pluie tombe moins fort. La montée jusqu’au Roc Trévezel se fait sans problème mais en descendant vers Carhaix le froid me saisit, les pieds sont mouillés et mes vêtements sont humides. Après Carhaix il ne pleut plus, le jour se lève mais les nuages menacent. Petit à petit mes vêtements sèchent. J’atteins ainsi Plouvénez pour mon premier contrôle. Il est 06h15. Je tourne dans le village, aucun commerce ou autre n’est ouvert. Je trouve une boîte à lettres, je renseigne une carte postale où j’indique le lieu, la date et l’heure de passage. Je l’expédie à mon adresse afin de la joindre à mon carnet de route pour attester de mon passage en cet endroit. Il ne doit pas ou plus exister de bureau de poste ici car le cachet devant faire foi mentionne « 35 RENNES CTED ». Pourtant je ne suis pas allé à Rennes mais la réorganisation de la Poste est passée par là. J’en ferai également le constat en fin de parcours.
Cette formalité accomplie j’enfourche de nouveau mon vélo et sur des routes quelque peu bosselées je découvre la campagne bretonne faite de pâturages, de champs de maïs mais aussi de porcheries. Bien avant d’atteindre Bécherel situé à 190m d’altitude j’aperçois son immense antenne. Je découvre également un site d’éoliennes qui par un tel vent sont en action. A Tinténiac, peu avant midi, je m’arrête au magasin « Super U » pour quelques emplettes. Assis sur un banc dans un lieu public je me restaure rapidement car le vent n’est pas très chaud. Je repars sur des routes au profil identique à ce matin.
A Fougères, après un nouveau coup de tampon sur le carnet de route, je m’engage sur les 80 derniers kilomètres dans le bocage mayennais. Je ne serai pas déçu, ce n’est qu’une succession de montées et de descentes notamment entre Gorron et Ambrières-les-Vallées. L’itinéraire que je dois ensuite emprunter est interdit à toute circulation car des travaux sont en cours. Une déviation est en place. J’hésite un peu, je me renseigne, on me dit qu’à vélo je peux passer. Je m’engage et à quelques kilomètres de là des ouvriers posent un nouveau bitume sur la route. Je m’approche de l’un d’eux, je mets pied à terre. Je ne pense pas que l’enrobé est chaud donc mou. Mon pied gauche s’enfonce. J’ai ainsi un cirage gratuit. L’employé me dit : « attention avec la chaleur les pneus risquent d’éclater ! ». Il ne manque plus que cela. Je me presse de passer sur le bas-côté et, à pied je franchis les derniers mètres du chantier avec l’accord du responsable. Ouf, j’ai eu chaud !
J’arrive à Villaines-la-Juhel, terme de mon étape, souvent debout sur les pédales pour franchir les quelques côtes qui jalonnent cette fin de parcours. Il est 18h35. J ‘ai pédalé 15h50, je me suis arrêté 01h45 et j’ai parcouru 365km.

Le mardi 3 juillet à 04h00 je quitte l’hôtel « Le Jardin Gourmand ». Je savais que la journée serait pourrie. La carte météo de la télévision était toute grise la veille au soir. Je m’équipe en conséquence. A peine le nez dehors la pluie me saisit. Après avoir trouvé ma direction je m’enfonce dans les ténèbres en direction de Fresnay-sur-Sarthe et Mamers. La pluie me traverse et mes chaussures sont gorgées d’eau. Le jour se lève peu à peu mais les nuages sont tellement bas qu’ils bouchent l’horizon. Entre Mamers et Bellême c’est comme sur un toboggan, il y a fortes montées et descentes. Cela n’arrange pas mon allure qui depuis Villaines a ralenti. La nuit, la pluie et le relief y sont pour beaucoup malgré le vent favorable. Cela se poursuit ainsi jusqu’à Nogent-le-Rotrou dans le Perche. Je dois m’arrêter pour un nouveau contrôle. Je dégouline de partout et c’est avec précaution que j’entre dans une boulangerie pour rechercher le fameux tampon. Je tends à la commerçante le document et je lui demande si elle peut y inscrire les date et heure de passage afin d’éviter d’y faire de belles auréoles. Malgré son handicap du bras droit (bras plâtré) elle s’exécute gentiment.
Ce n’est qu’après Thiron-Gardais que la pluie cesse. J’espère sécher mes vêtements. Je parcours la Beauce d’Ouest en Est à travers des paysages plats et monotones balayés par un vent arrière qui actionne quelques éoliennes ici ou là. Certaines alimentent une énorme usine d’incinération à l’approche d’Angerville. Sous un ciel à nouveau menaçant je fais halte dans cette ville et précisément au bar restaurant « LE BON VENT » - non je n’invente pas – où le patron, fort agréable, entame la conversation. Il me donne également des précisions sur la fin de parcours jusqu’à Ecuelles (77) où je dois passer la nuit. A Malheserbes c’est la fin de la Beauce et le début du Gâtinais où je retrouve quelques côtes. En lisière sud de la forêt de Fontainebleau l’orage menace derrière moi mais finalement il ne me rattrape pas et j’ai même droit à du soleil à l’arrivée. Je longe le canal du Loing, ainsi que le Loing sur une petite route très bucolique pour atteindre Ecuelles. L’hôtel Formule 1 se trouve en haut d’une bosse assez longue mais le plaisir d’avoir atteint ce but me donne plus de force dans les jambes. L’accueil est agréable et calme (un bon point). Il est 17h20. Après avoir déposé mes bagages je reprends le vélo et je redescends la côte pour aller au magasin « Champion » effectuer quelques achats pour manger ce soir et demain matin. Je remonte enfin cette côte chargé de victuailles. Je peux enfin prendre un peu de repos. J’ai pédalé pendant 12h00. Je me suis arrêté 01h20 et j’ai parcouru 267km. Tout va bien mais peu avant de m’endormir un orage éclate.

Le mercredi 4 juillet à 03h35 après avoir salué le gardien de nuit de l’hôtel je constate qu’il ne pleut pas mais la température est fraîche, accentuée par un vent toujours présent mais pas très fort pour le moment. Après quelques détours dans les agglomérations je traverse la Seine à Montereau-Fault-Yonne et je la longe sur sa rive gauche. Au loin, à l’approche de Nogent-sur-Seine, la fumée des deux cheminées de la centrale nucléaire s’élève et se confond aux nuages bas qui courent dans le ciel. J’atteins le département de l’Aube et je suis cette rivière depuis son confluent, à Marcilly-sur-Seine, pendant près de 60km. Le terrain est plat et l’allure est bonne. Dans cette région de la champagne crayeuse nombre de champs de blé attendent une météo plus favorable pour être moissonnés. Selon les renseignements que j’ai recueillis à Plancy-l’Abbaye au point de contrôle, les agriculteurs sont inquiets pour leurs récoltes. Nombre de champs de pommes de terre jalonnent également cette route. Gare au mildiou.
Je quitte ce paysage monotone pour entrer dans le département de la Haute-Marne. Le relief est plus tourmenté et la campagne plus boisée. Plus je vais vers l’Est, plus les nuages menacent. Encore quelques averses et notamment au passage devant le laboratoire souterrain de recherche sur la gestion des déchets radioactifs de Bure. Plus j’approche de Vézelise, étape du jour, plus le ciel noircit. L’orage gronde et par chance il passe dans mon dos. Je n’ai récolté que quelques gouttes de pluie et de fortes rafales de vent.
Dans cette cité dont le premier document qui mentionne son existence date de 965, je descends à l’hôtel de Lorraine situé dans sa partie ancienne, à côté des halles en bois de 1599 témoignant de l’activité commerciale. Il est 17h45. La tenancière a le look de la comique française Chantal Ladesou ou du moins elle en possède sa gouaille. Elle me reçoit en me disant : « Mon pauvre monsieur vous tombez vraiment mal, vous n’auriez pas dû venir aujourd’hui, nous sommes en plein travaux ! ». Elle, comme moi nous ne pouvions savoir cela il y a près de trois mois. Dans cet établissement ancien elle faisait changer son armoire froide qui avait rendu l’âme. Les ouvriers ont des difficultés pour sortir l’ancienne armoire. Les ouvertures ne sont pas assez larges et le chemin pour accéder à la fenêtre pour dégager le meuble est assez tortueux. Elle me conduit quand même dans la chambre, située au-dessus du chantier où grouillent beaucoup de personnes. Pour le repas je n’aurai pas de choix, feuilleté et deux parts de lasagne. L’essentiel pour moi est de manger chaud et de me caler l’estomac. J’aurais préféré plus de calme mais un diagonaliste doit s’adapter à tout. Dans le bruit du marteau, de la scie circulaire pour tailler le chambranle des portes, et des cris de chacun, je finis non sans mal le repas. J’ai hâte de me coucher. Malgré l’activité sonore au dessous de moi je parviens quand même à m’endormir. Le calme est revenu vers 23h00. J’ai parcouru 284km dans la journée. J’ai pédalé 12h00 et je me suis arrêté pendant 02h05.

Le jeudi 5 juillet à 03h30 je quitte l’hôtel. La fraîcheur est toujours là de bon matin. Les jambes sont un peu lourdes mais le moral est bon. En effet Strasbourg n’est pas loin. C’est sereinement que j’entame cette dernière étape. Je traverse Baccarat, mondialement connue pour son cristal mais je n’ai pas le temps de visiter son musée. Je longe la Meurthe jusqu’à Raon-l'Etape et puis je vire à gauche pour remonter la vallée de la Plaine. A Celles-sur-Plaine nouveau contrôle à 07h15 mais aucun commerce n’est ouvert dans le village. Je trouve une boîte à lettres mais pas de bureau de poste. Je renseigne une carte postale qui, en réalité a été tamponnée de Raon-l'Etape, ville précédemment traversée. Cette vallée aux maisons à toit rouge, aux prairies d’un vert tendre et aux sapins vert foncé, est fort agréable et facile à rouler jusqu’à Raon-sur-Plaine. A la sortie de ce village la route se redresse sérieusement et je sais que sur 4,5km la pente est rude jusqu’au sommet du col du Donon (718m). Je mets tout à gauche sauf un pignon en réserve. C’est vrai que ces kilomètres sont durs. J’atteins finalement le sommet où le plafond est bas. Il y a du crachin et le lieu est venté. Dommage pour admirer le paysage mais le froid me saisit et je ne m’attarde pas. Je m’engage dans la descente pour foncer sur Schirmeck et la plaine d’Alsace.
A Mutzig j’envoie la carte postale « arrivée » et cette fois-ci depuis le bureau de poste. Je profite de cet arrêt pour m’alimenter et me désaltérer dans un bar tenu par un homme peu bavard. Le lieu est bien tenu. A l’entrée une pancarte vous avertit « Veuillez respecter la propreté de cet établissement ». A l’intérieur où l’on peut également s’adonner à tous les jeux – loto, course, tickets de grattage …- un autre panonceau indique « Veuillez mettre la gomme de grattage dans les cendriers et non sur le sol » ou « veuillez vérifier vos tickets ici avant de rejoindre votre table ». Des cendriers sont mis à disposition ainsi qu’une poubelle. Le sol brille, il n’y a aucun déchet sur le sol d’un brillant impeccable. Je quitte le lieu en prenant soin de ne laisser aucune salissure derrière moi.
Aux abords de Strasbourg, je suis accueilli par la pluie. Je n’y fais pas attention et sans trop de difficultés je navigue jusqu’à l’hôtel de police où la fonctionnaire peu bavarde et peu souriante appose sur mon carnet de route l’ultime cachet. Il est 11h10. J’ai parcouru 151km, j’ai pédalé pendant 07h00 et je me suis arrêté 0h45.

Cette diagonale s’achève bien, les principales difficultés se trouvent en début et en fin de parcours. La météo n’a pas été très clémente mais le vent favorable m’a beaucoup aidé et m’a permis d’avoir un peu d’avance chaque jour sur mes prévisions, donc un peu plus de repos à l’étape. Les personnes que j’ai rencontrées m’ont renseigné sur mon itinéraire. Bien souvent étonnées par mon entreprise elles ne m’en ont pas moins encouragé.

Gare de Strasbourg

Le lendemain, après quelques heures de repos, je rejoins notre Quercy via Paris.
Pour cela j’embarque à bord du nouveau TGV Est depuis la gare de Strasbourg, transformée extérieurement à cette occasion. Belle verrière !!
Dès que nous abordons le nouveau tracé, nous sommes informés que nous roulons à 320km/h. C’est un peu loin du record du monde de vitesse, 574,8 km/h atteint le 3 avril 2007. Cela se sent quand même. Cela va plus vite qu’à vélo !!!!

Tout au long de cette randonnée j’ai été soutenu par mon épouse qui bien que moins fervente que moi de la bicyclette a beaucoup favorisé la réalisation de cette entreprise. Elle me soutient à chaque tentative et je l’en remercie.

Je suis content et satisfait d’avoir réalisé cette diagonale avant Paris-Brest-Paris.

Mon compteur affiche 1067km et cela fait un bon brevet de 1000km.

 

Daniel Arnaudet CTC CAHORS

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