Les dessous de Paris-Brest-Paris 2015

Publié le par Cahors CycloTourisme

Paris-Brest-Paris, au-delà des ouvrages sur cette belle randonnée, des récits et des commentaires publiés dans la presse ou dans les revues spécialisées, n'est pas très bien connu pour ceux qui, en coulisse, œuvrent pour pérenniser cette manifestation.
Notre ami Jean-Claude, déjà plusieurs fois participant au PBP, s'est, comme des milliers d'autres, mis au service bénévolement, pour que chacun puisse réaliser son rêve dans les meilleures conditions. Il vous conte ici l'envers du PBP.
Cette grande randonnée internationale s'est déroulée entre le 16 et 20 août dernier. Elle a été organisée par le club parisien ACP responsable des brevets randonneurs mondiaux.
Cette magnifique et grande randonnée attire de plus en plus de monde. Cette année c'est plus de 6000 inscrits venus de 66 pays du monde qui se sont qualifiés pour être au départ sur le site du vélodrome de Saint Quentin en Yvelines.
Cette année le CT Cahors n'avait pas de représentant (roulant!) parmi cette marée multicolore, puisque D.Arnaudet avait du renoncer lors des brevets qualificatifs et notre petit nouveau qui avait brillamment réussi sa qualification sur tous les brevets obligatoires (200 – 300 – 400 – 600) n'a pas souhaité s'y engager.
Par contre deux clubs lotois y étaient représentés. (Gourdon avec 3 cyclos et Figeac avec 1 cyclo ).

Au delà de cette belle randonnée se cache une organisation énorme réalisée par des bénévoles.

Les bases de cette organisation démarrent deux années avant la date du départ, en tenant compte de l'expérience passée.

Le comité directeur est composé d’une poignée de passionnés du PBP. Ils ne sont pas exclusivement licenciés ACP ; au moins la moitié de cet effectif est issue de différents clubs que la retraite a éparpillé sur le territoire Français.
 
Pour contrôler les brevets qualificatifs, recenser et classer tous ces cyclos qualifiés, il leur a fallu passer de nombreuses soirées, puis prendre des contacts auprès diverses sociétés civiles et administratives.
Chaque ville contrôle (au nombre de 10) organise et gère, sous les directives du comité directeur, leur lieu du contrôle avec le ravitaillement en self, le dortoir, le poste de secours, un atelier mécanique, la réalisation fléchage sur un morceau du parcours et défini le nombre de bénévoles présents durant la randonnée.
Ces contrôles sont ouverts 24h sur 24 sur la base du délai des 90 heures.

Le nombre de bénévoles sur l'ensemble du parcours est de plus de 2000. Ils agissent gratuitement, seule leur nourriture est prise en compte.

Les cyclos arrivent plusieurs jours avant le départ surtout pour les étrangers, mais tous doivent être présents la veille du départ pour se présenter au contrôle de leur vélo. Ce contrôle consiste à vérifier le bon fonctionnement des éclairages et de la stabilité de la fixation des divers éléments sur leur vélo, ainsi que la présence des piles de rechange.

Le jour du départ, quelques heures avant le premier départ (16h00) les cyclos sont répartis par groupe de 300 sur des emplacements en fonction de l'horaire du départ qui leur a été attribué.

Un quart d'heure avant l'heure du démarrage, le groupe constitué, se présente sur l'aire de départ aux ordres du starter.
Autour de cette aire se masse une foule importante qui encourage leur champion prêt pour l’aventure - ce sont les familles, les copains qui feront l’assistance sur les lieux des contrôles - mais également des spectateurs des environs.

Dans les rangs des cyclos partants, ce n'est pas l'heure des échanges car le stress les envahit.

Les départs se font tous les ¼ heures. Les premiers à partir sont ceux du délai de 80 heures maximum. Suivent les plus nombreux, ceux qui ont prévu de mettre 90h00 maximum et le lendemain matin à 5h00 partent ceux qui ont prévu de mettre 85h00 maximum.

Tout ce monde s'étale sur l'itinéraire balisé avec des flèches réfléchissantes pour être visibles de jour et de nuit. Il forme un long ruban multicolore. La nuit c'est magnifique avec tous ces feux rouges qui serpentent au loin en fonction du relief.

Pour encadrer tous les départs et le bon déroulement sur le parcours, devant chaque vague, 2 motards - d'un club de motards spécialisé dans l'accompagnement des diverses organisations de ce genre – et une des 10 voitures de l'organisation ouvriront la route à vitesse réduite sur 15km afin de traverser l’agglomération. Ensuite les participants sont lâchés et vont progresser à la vitesse qu'ils souhaitent et, croyez-moi, avec les premiers ça va vite.
On ne penserait pas qu'ils partent pour faire 1200 bornes.
 
Les 30 motards et les 10 voitures officielles se répartissent sur des portions du parcours qu'ils leur ont été définies.

Leur rôle est d'assurer le bon déroulement de la randonnée, d'intervenir rapidement lorsqu'il y a un problème de sécurité, de notifier aux cyclos de mettre leurs éléments de sécurité (allumer les éclairages et enfiler le baudrier) lorsque la visibilité diminue. Ils peuvent être amenés à sanctionner sur des écarts importants comme le non respect des feux tricolores et des stops ou d’ordonner l’arrêt lorsqu'un cyclo roule sans éclairage. Les sanctions sont des pénalités en temps.

A chaque ville contrôle le cyclo doit faire tamponner son carnet de route et s'il le désire, retrouver sa voiture suiveuse, qui sera stationnée 3 km avant ou après la ville.
Les véhicules d'accompagnement ne doivent pas emprunter le parcours des cyclos, ils ont un parcours de substitution plus rapide.
Un véhicule d’accompagnement déclaré pris sur le parcours des cyclos verra le cyclo concerné pénalisé de plusieurs heures.

Dans les villes contrôle les parkings vélos et véhicules d'accompagnement sont très importants, pour 2000 voitures enregistrées et entre 1000 et 2000 vélos surtout dans la partie centrale du parcours.

Pour les populations des villages traversés, c'est la fête jour et nuit. Les gens offrent avec le sourire et bienveillance des crêpes, de l'eau, du cidre et même un couchage. Les commerces sont également à la fête car les affaires sont bonnes.

La Bretagne est réputée comme terre d’accueil pour le cyclisme et surtout le cyclotourisme car pour les spectateurs ces derniers passent moins vite et ils peuvent discuter avec eux, même si avec les 4000 étrangers cela est parfois difficile.

Ce Paris-Brest-Paris 2015 a été celui des records :
  • 5900 partants, un record. Il y a 20 ans nous étions la moitié.
  • Un nombre, qui a mon avis, ne devra pas être dépassé si on veut conserver la qualité
  • Un temps record réalisé par un cyclo allemand en 42h30 (dont 20 heures par 30 cyclos pour rallier Brest)
  • 7 ambassadeurs ou leur représentant étaient présents aux départs
  • Les médias français en nombre ainsi que les télévisions de plusieurs pays ont retransmis l’événement
  • 20 % d'abandons (A confirmer)
En ce qui concerne les abandons et les pertes de matériel divers, voici quelques anecdotes.

Environ une vingtaine de vélos laissés après l'abandon qui ont été rapatriés par l'organisation, GPS, portables de qualité, vêtements divers, lunettes et même un passe port.

Un brésilien a même donné son vélo au responsable d'un contrôle afin qu'il puisse revenir en TGV et rentrer dans son pays en avion.
Pour lui, cela lui aurait coûté plus cher de le faire rapatrier que le prix de son vélo.
Un américain le soir du dernier jour voulait récupérer son vélo abandonné à Fougères, car il devait repartir dans la nuit par avion.

Maintenant la page est tournée avec ses joies, son lot de déceptions et ses plaies.

Certains pensent déjà au prochain dans 4 ans.
 
Mon rôle sur le Paris-Brest-Paris

 

Je participais à mon 10ème et dernier Paris-Brest-Paris . (3 comme cyclo et 7 comme bénévole)
Le travail de surveillance et d’assistance sur le parcours occupe les 3/4 des journées.
Cinq jours avant le départ j’ai intégré un groupe d'une cinquantaine de bénévoles pour mettre en place à l'intérieur du vélodrome des centaines de tables et chaises nécessaires pour les divers stands, réfectoire et sur l'extérieur la pose de nombreuses barrières métalliques.
Au retour, lorsque les clameurs se sont tues, il faut replacer tout le matériel pour rendre les lieux au service de nettoyage.
Je m’investis avec un réel plaisir à cette organisation car je retrouve des copains cyclos que je connais depuis 30 ans, pour aider le club organisateur l’ACP qui, sans l’apport d’effectif extérieur, ne pourrait pas organiser et retrouver cette ambiance exceptionnelle du PBP.
 
Pourquoi Paris–Brest–Paris en vélo ?

Ce n’est ni une course, ni vraiment du cyclotourisme. Seulement un défi avec soi-même où l’on prend du plaisir dans l’effort et d’être plongé dans une ambiance exceptionnelle tout au long du parcours. En général on commence une première fois et on y revient. Le record des participations est 11 et 7 pour une féminine.
Les plus jeunes ont 18 ans et les plus âgés 80 ans (je ne sais pas s’il a terminé)
Pour réaliser ce genre d’épreuve il ne faut pas forcément être un cyclo très fort ou très jeune, il faut le vouloir avec un minimum d’entrainement (minimum 4/5000 kms) répartis entre les premiers brevets qualificatifs et la date du départ.
Il faut que le corps soit habitué à rouler longtemps en endurance.
Les aptitudes à l’effort sont très différentes d’un individu à l’autre. Mais tout le monde peut réussir ce magnifique brevet.
Les grandes distances vous font découvrir des sensations nouvelles et des forces souvent insoupçonnées.

Le plus rapide, un allemand, a bouclé l’aller en 20 heures et le retour en 22h26, en totale autonomie et en se faisant contrôler aux 17 points de contrôle où il a pu également se ravitailler.

Pour les autres leur allure était parfois assez proche de ce sportif allemand ou parfois très différente, mais 80% ont réalisé leur objectif avec beaucoup de satisfaction et de fierté en terminant dans les délais impartis.
A l’arrivée, il fallait voir l’émotion qui les étreignait, certains mettaient plusieurs minutes à sécher leurs larmes.
Que dire de l’émotion des cyclos aux handicaps lourds qui ont réussi et pour certains ils étaient des récidivistes.
Les nombreux spectateurs qui bordaient le couloir d’arrivée récompensaient par leurs applaudissements la réussite de leur PBP.
 
 
Texte : Jean-Claude Millot Photos J/F Tadier & J. Seray
Vous pouvez – vous procurer le livre sur PBP de 1891 à 2015
Disponible chez l’auteur Jacques SERAY (39€ port compris)
8 allée de Normandie
78140 VELIZY
 
 
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Publié dans Longue distance

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Andissac Guy 29/09/2015 11:37

Bravo et merci pour ce témoignage. A donner envie, ...avant de réaliser l'énormité de la chose! Bravo à tous ces formidables sportifs et aux bénévoles.

Daniel Jacquet 29/09/2015 09:15

Merci Jean-Claude et Daniel de nous faire part de la superbe randonnée qui est Paris-Brest-Paris. Aux participants, aux bénévoles tout mon respect.
Daniel.

Guy Faure 28/09/2015 20:02

Quels superbe récit Jean-Claude ! Vu de l'intérieur de l'organisation, c'est magique ! et quel beau travail de mise en page Daniel ! du grand art.

ballu gilles 28/09/2015 22:06

que de talent !
un vrai travail de journaliste .
bon dieu que cela donne envie!