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Les Brèves

  • Notre activité en club est à nouveau autorisée mais en respectant les consignes sanitaires ; pas de regroupements à plus de 6 personnes, sans limitation de kilométrage et de durée. Toutefois instauration d'un couvre-feu de 20h00 à 06h00.
3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:18

 

L’événement majeur de cette année 2011 pour nous cyclotouristes fut le 17ème Paris-Brest-Paris randonneur mondial organisé du 21 au 25 août par l’Audax Club Parisien. Déjà 120 ans que cette épreuve existe sous l'impulsion de Pierre Giffard, homme de presse et à la tête du quotidien Le Vélo, qui décida de l'organiser pour faire dit-il la promotion du "vélocipède". C'est Charles Terront qui remporta ce 1er PBP de 1891 en 71h27 . Un record à l'époque!

 

Préparation

Pour participer à cette épreuve mythique de 1240km quatre brevets qualificatifs de longue distance doivent être effectués, 200, 300, 400 et 600km. Comme il ne faut surtout pas relâcher la pression jusqu’au départ, j’ai redoublé un brevet de 300km, effectué une diagonale début juillet, et sillonné les routes bucoliques de la basse Normandie lors de la semaine fédérale de Flers au début du mois d'août 2011.

Bien conscient de la difficulté de la tâche pour arriver dans le délai de 90 heures, je n’en suis pas moins confiant, car j’ai tout mis en œuvre pour arriver en forme au jour J, aidé en cela par une épouse qui m’a soutenu ; c’est très important.

La préparation du vélo est une opération sérieuse. Elle doit être faite méticuleusement.

J’ai bien pris connaissance du dossier remis suite à l’inscription afin de bien assimiler les opérations de départ, contrôle des vélos, retrait du dossier, accès à la ligne de départ, recommandations diverses.

J’ai également organisé avec soin le contenu de mes bagages. Comme j’accomplis le PBP sans assistance, il est important de bien emporter ce qui est indispensable. Je peux dire que l’expérience de neuf diagonales m’a beaucoup aidé. Cela représente un peu de poids supplémentaire mais l’essentiel n’est pas là. Il faut arriver dans les délais, avec ou sans handicap.

Quelques jours avant de partir, mon ami Joseph, me demande si j'accepte, comme en 2007, de mettre en ligne sur son blog le suivi de mon parcours. Bien évidemment, c'est avec plaisir que je donne mon accord. Lui qui a trois PBP dans sa besace, breton de surcroît, va revivre cette épopée par procuration et pénétrer à fond dans ce milieu de randonneurs. Je lui donnerai mes impressions au fur et à mesure.

Après tous ces préparatifs, à J-2, je prends la route pour Paris et je m’installe dans un hôtel proche de Saint‑Quentin‑en‑Yvelines.

 

Présentation des machines

PBP2011 1Le samedi matin 20 août, vers 10h30, je présente mon vélo au contrôle, surtout pour la vérification de l’éclairage avant et arrière qui doit être en double. Nous devons également montrer le gilet de sécurité, indispensable. Toutes ces opérations sont menées sérieusement car l’accent est mis sur la sécurité.

Alors que je suis dans la file d’attente, une voix m’interpelle : « Salut Daniel !». Je suis un peu surpris, c’est Jean‑Claude, bénévole du PBP et préposé à l’aiguillage des participants pour ce contrôle. Et il a de quoi faire. Cela ne l’empêche pas, je crois, de me prendre en photo alors que je m’inquiète pour mon feu rouge qui ne fonctionne pas correctement. Pourtant tout allait bien à Cahors. Mais ce n’est pas grave, je pourrai l’utiliser en position fixe. Il me faudra penser à le commuter avant la nuit et lorsque le jour apparaîtra.

Dans l’après-midi, je fais à vélo un repérage des lieux : parcours reliant l’hôtel au site du départ, et son lieu d’accès pour les formalités.

J’ai consulté la météo bien des jours à l’avance. En ce samedi il fait beau et pas trop chaud. Cette promenade m’a donné de bonnes sensations. J’ai hâte de partir.

 

Le départ (dimanche 21 août à 18h25)

Le dimanche 21 août s’annonce très chaud, voire orageux. Cela m’inquiète. J’ai passé une nuit moyenne. Après le repas de midi, je m’accorde un repos jusqu’à 15h00. Je mange alors quelques pâtes que j’avais préparées, un peu de cake et une banane.

A 15h30 je quitte l’hôtel et je me dirige, avec vélo et bagages, au stade de Guyancourt. A l’arrivée, je ne suis pas seul. Il est 16h00. Tassés comme des sardines, nous attendons patiemment que le souterrain s’ouvre pour nous y engouffrer et rejoindre la ligne de départ. Il n'est pas rare d'entendre parler italien, espagnol, allemand et anglais bien sûr.

Nous voyons partir les vélos spéciaux (couchés, carénés, tricycles), et les cyclos ayant choisi le délai le plus court, celui de 80h00.

Pendant ce temps sous un soleil de plomb, 33°C à mon compteur, nous piétinons sur place. Je m’alimente un peu. Je bois mais pas trop, et peut-être pas assez, car il est difficile de rejoindre les coins toilettes installés sur le site. Comment faire pour couper ce flot de cyclistes avec un vélo.

Enfin la troupe s'ébranle. Nous passons dans le souterrain qui mène à l'entrée du stade. Par précaution et en prévision d'une autre attente, je fais un dernier arrêt "pipi".

Petit à petit j'avance vers le contrôle afin de présenter mon carnet de route pour le pointage. Ah,PBP2011 2 j'oubliais, innovation cette année, nous sommes porteur d'une puce bracelet à la cheville, pour l'enregistrement de notre passage à chaque contrôle, mais aussi pour bien déterminer l'heure exacte de départ.

Je suis dans la deuxième vague. La première est partie à 18h00. Nous avançons encore un peu et il fait toujours très chaud. C'est à 18h25 que nous sommes lâchés.

Sous les applaudissements et les encouragements d'une innombrable foule, un long serpent multicolore de quelques 400 cyclos s'élance vers Brest. Au revoir Paris et à bientôt. Des motards ouvrent la route. Nous sommes tous un peu survoltés et une fois les chevaux libérés, il faut vite redevenir raisonnable. C'est donc avec prudence que je ralentis.

Le Paris-Brest-Paris est un événement qui ici au départ est bien suivi. D'ailleurs tout au long des trente premiers kilomètres, nombreux sont les spectateurs à nous encourager.

Des groupes se forment, se scindent au gré des difficultés. Je joue du braquet pour ménager mes jambes. Je sue beaucoup en ce début car je ressens une chaleur moite. Elle nous poursuivra une bonne partie de la nuit.

Quelques kilomètres avant Ormoy je m'arrête pour revêtir le gilet de sécurité et mettre en fonctionnement l'éclairage avant et arrière. Le vent est assez favorable, l'allure est bonne et raisonnable. Je pioche plusieurs fois dans ma sacoche avant pour y saisir du ravitaillement, petits sandwiches et barres de céréales.

La nuit peu à peu nous enveloppe et c'est un régal de rouler, du moins pour moi. Là je ne suis pas seul et c'est un plaisir de partager ces instants. Un long ruban lumineux serpente sur la route. Vu avec un peu de hauteur ce doit être beau à regarder. Mais en me retournant, à la faveur du relief, j'ai pu en apprécier le spectacle.

La nuit, difficile aussi d'évaluer les difficultés. Et depuis Longny-au-Perche il y a quelques sérieuses côtes et j'ai parfois joué du tout à gauche pour arriver à Mortagne-au-Perche (km140). Il est un peu plus de minuit. C'est seulement un point de ravitaillement. C'est déjà l'affluence. Je ne m'attarde pas trop. Il est minuit passé et je poursuis ma route.

Pour l'instant tout va bien, je ne ressens pas l'envie de dormir. Je retrouve sur le parcours trois cyclos qui ont fait les BRM qualificatifs organisés par Cahors Cyclotourisme. Cela me permet de bavarder avec eux pendant quelques kilomètres et de suivre Christian qui a vraiment un bon coup de pédale. Puis nous nous perdons mais nous nous retrouverons plusieurs fois en d'autres lieux.

Des commerces sont ouverts tôt et il y a du monde qui en profite, soit pour y manger, soit pour y boire. Je saisis ces opportunités car je suis également assoiffé.

 

Villaines-la-Juhel (lundi 22 août 04h55 - km221)

PBP2011 3 

Au petit jour, premier contrôle, je suis en avance sur mes prévisions. L'accueil dans cette ville est particulièrement chaleureux. De nombreux spectateurs se massent près des parkings vélos, nous félicitent et nous encouragent. Certes ce n'est pas le Tour de France mais cette ambiance fait chaud au cœur. Je m'accorde une pause un peu plus longue que prévue pour me restaurer notamment. Après un court somme sur un banc je reprends la route. Je sens bien que je n'ai pas le coup de pédale de cette nuit. Les côtes sont plus difficiles à négocier. Je considère que cette baisse de régime est passagère.

 

Fougères (lundi 22 août 09h35 - km310) - Tinténiac (14h43 - km364)

J'arrive malgré tout au contrôle de Fougères avec plus d'une heure d'avance. Après avoir fait tamponner le carnet de route je me dirige vers le dortoir pour essayer de dormir et retrouver quelques forces. Ce sera de courte durée ; impossible de fermer l'œil. Je me rends alors vers le self et c'est avec appétit que je recharge les batteries. Mais avant de repartir j'attends encore un peu, assis à l'abri car il tombe une belle averse. Finalement j'ai passé plus de deux heures à Fougères avant de remonter sur le vélo. Mon avance a fondu. Cela n'est pas catastrophique.

Pour rejoindre Tinténiac, ce n'est pas trop difficile et le soleil est revenu. Je préviens Joseph du retard que j'ai pris à cause d'un "petit coup de mou" à Fougères. Après avoir mangé un peu, je sens un déficit de sommeil. Alors comme beaucoup d'autres, je profite d'un coin de verdure pour m'allonger. Je règle, comme à chaque fois mon petit réveil sur 20mn de pause. Je pense avoir dormi au bout de ce délai. Je me sens mieux et c'est préférable pour aborder les 85km qui me séparent de Loudéac.

Le temps agréable avec un léger vent favorable m'avantage. Après avoir passé Bécherel, ancienne place forte juchée sur une colline à 176m d'altitude, la partie qui suit est descendante et très roulante. A Quédillac, arrêt obligatoire pour un contrôle secret mis en place et que chacun doit respecter. Je ne m'attarde afin de rattraper un peu de mon retard.

A La Chèze, soit 10km avant Loudéac, je croise les premiers partis dimanche à 16h00 et qui sont déjà sur le retour.

 

Loudéac (lundi 22 août 19h57 - km449)

A Loudéac, pour rejoindre le contrôle, je serpente entre des barrières de sécurité où la foule se presse pour nous applaudir. Comme en 2003 et 2007, je trouve cela très impressionnant et stimulant.

Comme il est près de 20h00 je décide de m'accorder 2h00 d'arrêt. En effet j'avais prévu de poursuivre jusqu'à Carhaix-Plouguer mais je connais le relief et les 40km qui suivent ne sont pas tendres. De sévères côtes m'attendent. De plus le temps est plutôt à l'orage. De lourds nuages noirs menacent. Je vais manger, prendre une douche, puis gagner le dortoir pour un repos d'une heure mais sans avoir vraiment trouvé le sommeil. J'ai bien fait car j'entends le tonnerre et la pluie tomber. Lorsque vers 23h00 je reprends la route, il ne pleut presque plus mais le ciel, au loin, est zébré d'éclairs et le tonnerre gronde encore.

Là où en 2007 j'avais "coincé" dans ces sévères côtes après Loudéac, cette année je suis plus à l'aise. A Merléac, je m'offre un petit moment de détente en dégustant une soupe chaude préparée par des villageois qui tiennent un stand ravitaillement à l'occasion de cet événement. Ils racontent que nous avons évité le déluge car certains cyclistes avant nous ont dû se mettre à l'abri tant l'orage était fort.

Après Corlay, les bosses sont moins rugueuses mais la pluie nous accompagne. A la sortie de Saint‑Nicolas‑du‑Pélem, je sens que ma roue avant tape. Pas de doute j'ai crevé. En rase campagne je cherche un appui pour mon vélo, le poteau d'un panneau indicateur fera l'affaire. Il n'est pas simple de réparer quand tout est mouillé et que l'eau diluée au cambouis vous maquille les mains d'un noir intense difficile à enlever. Je peux quand même changer ma chambre à air que j'avais pris soin de talquer et d'emballer dans une petite poche plastique. Rien de tel pour la protéger de l'humidité. J'ai perdu un quart d'heure mais rien d'inquiétant. Je repars, l'allure est bonne.

 

Carhaix-Plouguer (mardi 23 août 04h26 - km525) -  Brest (mardi 11h00 - km624)

J'intègre un groupe avec qui je rejoins Carhaix-Plouguer, sans encombre. En ce point de contrôle je me restaure et j'en profite aussi pour aller dormir 1h00 dans le dortoir car j'ai sommeil. Au réveil, le jour se lève et le temps est brumeux. Vers 06h30 je quitte la ville. J'attaque les 93km qui me séparent de Brest. La montée vers le Roc Trévezel (349m), point culminant du massif armoricain, est longue. C'est dans un brouillard très épais que je le franchis. Dommage pour le point de vue. Je ne m'attarde pas car il fait quand même frais. Quelques gouttes de pluie font leur apparition après Sizun.

En traversant Plougastel‑Daoulas, je suis impatient de voir le pont Albert Louppe. Je traverse cet ouvrage avec infiniment de bonheur, je prends mon temps, je regarde à droite pour admirer le pont de l'Iroise et à gauche pour garder cette image de la rade de Brest le plus longtemps possible. Certes en 2007 le soleil était présent mais cette année la brume, la coquine, gâche un peu la vue. Les organisateurs ont eu la bonne idée de nous faire passer par le port maritime pour apprécier la rade. Nous remontons en haut de la ville par la rue du château pour arriver au point de contrôle. PBP2011 4

J'appelle Joseph pour faire le point. Il me confirme que j'ai de nombreux encouragements sur son blog mais aussi de copains cyclos du club. Cela est bon pour le moral et je les en remercie.

Je suis à mi-parcours, le temps est agréable et j'ai le vent en poupe. Je ne m'attarde pas longtemps car il est impossible de manger rapidement au point restauration.

Quelques kilomètres plus loin, à Guipavas, j'avise un charcutier-traiteur. Je m'arrête aussitôt pour acheter deux friands à la viande et du taboulé avec une canette de coca-cola. Un autre participant a eu la même idée. Dehors, tout en mangeant nous parlons. Malheureusement il est canadien et ne s'exprime qu'en anglais, mais j'ai compris qu'il était parti le lundi matin à 05h00. Il est plus en avance que moi mais cela ne m'inquiète pas malgré mes 1h30 de retard sur mon tableau de marche. J'ai encore de la marge pour arriver dans les délais.

 

Carhaix-Plouguer (mardi 23 août 16h52 - km711)

Je trouve le retour vers Carhaix-Plouguer plus facile qu'à l'aller ou du moins je me sens mieux et mon allure est satisfaisante. Avant d'arriver au contrôle de cette localité, petit arrêt dans une boulangerie pour engranger quelques forces et repartir sans perdre de temps.

Le retour vers Paris en cette journée ne s'annonce pas mal. Mes jambes tournent bien et les kilomètres qui suivent sont plus roulants. A Saint-Nicolas-du-Pélem je ne résiste pas pour déguster une crêpe bretonne au sucre que propose une dame qui a installé son matériel sur le trottoir. Elle fut la bienvenue pour attaquer les bosses de Canihuel avant Corlay et celles avant Loudéac. Je profite d'un autre court arrêt à Merléac pour me faire un petit plaisir et manger une saucisse grillée. Et oui j'avais envie de saucisse! Et pour rejoindre Loudéac elle m'a boosté.

 

Loudéac (mardi 23 août 21h23 - km782) - Tinténiac (mercredi 05h09 - km867) - Fougères (mercredi 08h33 - km921)

A Loudéac, toujours autant de monde qu'à l'aller et autant d'encouragements. Les bretons sont formidables. Sans perdre de temps et après avoir pointé mon carnet de route, je poursuis ma route. La nuit tombe peu à peu, les points rouges que je vois devant moi m'indiquent le chemin à suivre. Tout va bien et l'allure est bonne dans le groupe que j'ai intégré.

A Illifaut (km820), en pleine nuit, nous sommes déviés pour un contrôle secret. Coup de tampon, une boisson et quelques barres feront l'affaire jusqu'au prochain arrêt à Quédillac (km844), point de ravitaillement et de couchage uniquement. Là j'en profite pour prendre une douche et changer de vêtements. Je m'y repose 1h30 environ et je repars après un petit déjeuner très matinal vers 04h00.

Les muscles sont refroidis et la fraîcheur me saisit. Pour retrouver le coup de pédale il me faudra quelques kilomètres et la montée à Bécherel, guidée en cela par le point lumineux rouge de l'antenne TDF, est un peu poussive.

 

L'arrêt-contrôle de Tinténiac est bref. Il est 05h10 et le jour se lève peu à peu. C'est toujours un moment délicat à négocier car bien souvent la fatigue se fait ressentir à ce moment-là. J'éprouve un besoin de me reposer. En traversant une localité je m'allonge sur un banc sous un abri pendant 20mn, et j'ai dormi. C'est suffisant pour aller jusqu'à Fougères plus confortablement. Après régularisation du carnet, je me restaure et je reprends la route. Auparavant je prends contact avec Joseph. Il suit toujours avec autant d'intérêt ce Paris‑Brest‑Paris.

 

J'appréhende les 88km qui me séparent de Villaines-la-Juhel. Avant tout pour affronter les nombreuses côtes qui sont longues, je cherche à envoyer mes vêtements sales. Dès la sortie de Fougères, je me mets en quête d'un bureau de poste. Finalement après 25km je trouve à Levaré une agence ouverte. J'expédie en colissimo mes effets à mon domicile. Je me suis allégé de 1kg. C'est peu mais c'est bon pour le moral.

Malgré cela la fatigue est là et j'éprouve des difficultés pour avancer. Je suis seul sur ce secteur. Il y a bien des cyclos mais ils sont dispersés et comme moi, ils gèrent leur effort.

Je recherche un coin pour me reposer. Je m'engage dans un petit chemin en bordure de le route principale et sur l'herbe je m'allonge et ferme les yeux quelques instants. Le ciel est magnifique, l'ombre des arbres est appréciable et le chant des oiseaux me plongent dans les bras de Morphée. Certes ce fut bref mais je suis un peu plus ragaillardi.

 

Villaines-la-Juhel (mercredi 24 août 14h33 - km1009)

PBP2011 5De côtes en côtes, sous la chaleur, alors que j'approche de Villaines-la-Juhel je rencontre Jean-Claude.

Il est chargé par l'organisation de sécuriser le carrefour très dangereux avec la RN12 à Le Ribay. La circulation intense de gros camions sur cet axe rend difficile sa traversée. J'échange avec lui mes impressions, il me donne quelques renseignements sur l'accident mortel de la veille. Après ses encouragements je me lance sur les dix-huit derniers kilomètres qui me séparent du contrôle de Villaines-la-Juhel. J'ai atteint les 1000km, j'ai un peu plus de 2h00 de retard sur mon programme, mais j'ai encore de la marge. C'est donc serein que j'effectue mon pointage. Je me restaure et comme en 2007, je m'allonge sur un banc pour dormir quelques 20mn avec toujours le petit réveil proche de mes oreilles. Je n'ai plus que trois bonds à faire avant de franchir la ligne d'arrivée.

 

Mortagne-au-Perche (mercredi 24 août 20h00 - km1090)

Dans le milieu de l'après-midi je quitte Villaines. Le vent favorable me pousse. A Fresnay‑sur‑Sarthe je m'engage dans une mauvaise direction. Heureusement je me rends compte assez vite de la méprise et après un demi-tour, je retrouve le parcours et des cyclos au loin dans une longue ligne droite.

Il fait chaud et je profite de la gentillesse d'un spectateur qui a installé en bordure de route un point d'eau. Abrité sous un parasol, un peu avant St-Rémy-du-Val, il me dit qu'il a eu du succès et je veux bien le croire.

En traversant la ville de Mamers, autre arrêt. Le club local a planté un barnum et offre boissons et ravitaillement. Merci aux bénévoles car il faut quelques forces pour sortir de la ville par une route pentue et rejoindre Mortagne-au-Perche.

Pour atteindre ce point de contrôle il faut se le gagner car l'accès est raide. Mais enfin j'y suis. Il est 20h00. Malgré près de 3h00 de retard sur les prévisions, j'ai 16h00 pour faire les 140 derniers kilomètres. Je m'accorde donc un peu de temps. Je me restaure et je vais dormir dans le gymnase aménagé à cet effet. Je repars vers 22h00 après avoir pris un en-cas au point restauration. J'y croise le président Lamouller avec son frère. Ils viennent d'arriver et ils vont également s'accorder du repos.

 

Dreux (jeudi 25 août 03h22 - km1165)

Je ne me sens pas trop mal mais je n'ai pas bien dormi. Je repars dans la nuit et il fait frais. JePBP2011 6 n'aurai pas longtemps à grelotter car jusqu'à Longny-au-Perche les côtes sont sérieuses et longues. Je trouve que je ne les négocie pas trop mal par rapport à 2007. J'ai laissé quelques forces de plus et cela s'ajoute à la fatigue qui se fait ressentir. J'éprouve un besoin urgent de dormir. Je recherche, et je ne suis pas le seul, un coin pour m'allonger. De nombreux cylos cachés sous leur couverture de survie tentent de trouver un sommeil réparateur. Je m'assieds contre un grand mur d'enceinte sous une partie boisée et ferme les yeux quelques instants. La fraîcheur m'envahit et me pousse à repartir. Pourtant après quelques kilomètres je m'arrête à nouveau dans un village car je ne peux pas continuer de rouler en me mettant en danger. Je trouve dans une ruelle un porche qui m'abrite bien et, allongé à même le sol, je dors environ 20mn.

Cela va mieux après ce court repos mais la route plate jusqu'à Dreux est languissante. J'y arrive au milieu de la nuit. J'ai 04h00 de retard sur mon programme mais près de 08h30 pour parcourir les soixante-cinq derniers kilomètres. Donc pas d'affolement. Je m'attarde 01h00 environ. Je m'alimente bien et je me repose sur un coin de table.

 

Saint-Quentin-en-Yvelines (jeudi 25 août 08h30 - km1247)

J'attaque donc cette dernière étape confiant et hormis un problème matériel ou physique, je devrais arriver dans le délai de 90h00.

C'est au lever du jour que j'approche de la région parisienne et la côte dans la forêt de Gambaiseul est longue et raide, mais je la franchis sans m'affoler. Il n'est pas question de faiblir à cet instant. Les embouteillages freinent ma progression mais à vélo j'avance quand même plus vite que les voitures et en entrant dans Saint‑Quentin-en-Yvelines la voie se dégage. Je suis un peu euphorique, mon coup de pédale ne faiblit pas, au contraire je force l'allure et l'arrivée à Guyancourt au gymnase des Droits de l'Homme est formidable. De nombreuses personnes nous accueillent et nous applaudissent. C'est un véritable réconfort et c'est un moment émouvant. Je pose mon vélo et je vais pointer pour la prise en compte de mon heure d'arrivée. J'ai parcouru 1247km en 86h04.

Bon, il va falloir que j'appelle Joseph car j'ai aussi pédalé pour lui sachant qu'il porte beaucoup d'intérêt pour cette épreuve. En quelque sorte, comme il dit il a refait un Paris-Brest-Paris par procuration.

Mais à peine ai-je rendu mon carnet de route que mon téléphone portable sonne, c'est Joseph et comme il suit en direct il a réagi rapidement. Avec Marie-Noëlle, ils me félicitent et je les en remercie vivement.

 

En conclusion je partage ce qu'écrit Joseph sur son blog : "Que de souvenirs tu vas encore garder de ton 2ème Paris-Brest-Paris! La fatigue et les douleurs seront vite oubliées. Il ne restera que les instants de bonheur, les rencontres, la chaleur de l'accueil sur les routes de Mayenne et de Bretagne, les encouragements des villageois en pleine nuit. Tu arriveras même à te demander si tout cela était bien réel."

Oubliée la lutte contre le sommeil, oubliés les moments de souffrance tant cet événement a suscité de l'enthousiasme auprès des populations sur ces terres de cyclisme, mais aussi auprès de mes camarades de club que Joseph a su captiver en tenant un journal de bord sur son blog. Merci à tout le monde.

Cette aventure humaine dans le monde des randonneurs est un moment unique que chacun vit suivant son désir. J'ai savouré chaque instant au gré des paysages traversés et des personnes rencontrées.

Y aura-t-il pour moi une 3ème édition en 2015? C'est trop tôt pour le dire.

 

Daniel Arnaudet

Cahors Cyclotourisme                                                             Photos de J.C. Millot

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

 

 


commentaires

jean durou 24/11/2011 11:28


cher Daniel,


je viens de lire avec envie et admiration pour un non cyclotouriste ta magnifique épopée . mille bravos et je transmets aux Virois avec qui nous avons partagés de joyeux moments de jeunesse le
lien qui leur permettra de te lire


Amitiés

Alain Dodé 04/11/2011 17:30



    Le nouveau succès de Daniel Arnaudet ne m'a guère
étonné ; il y a près de trente ans que je connais ce cyclo sympathique, convivial et dévoué .Mais ce je que j'ai apprécié en ce jour,c'est son récit.Il m'a captivé;je l'ai lu de bout en bout
avec plaisir, or c'est une chose rare en ce domaine, car on peut rapidement devenir ennuyeux, mais il a  su mêler les différentes aspects d'une telle
épreuve, au point qu’on aurait souhaité la vivre...


P.S :A l'instar des cyclos gourdonnais qui ont aussi accompli ce PBP, il aurait mérité un article dans un journal comme Emile
Vaissière en  eut  autrefois.Sa performance est largement supérieure à celles de certains sportifs qui
en  sont le sujet dans les diverses gazettes locales.....



GUY FAURE 03/11/2011 18:26



Epopée fantastique, le récit donne envie ! Merci Daniel.



Daniel JACQUET 03/11/2011 14:47



Un grand bravo pour ce magnifique récit qui vient après avoir réalisé cette performance digne des grands randonneurs et dont tu restes un exemple.



Louis Bruère 03/11/2011 12:15



Bonjour Daniel,


je termine à l'instant la lecture. Seulement 30 ' et j'ai parcouru comme toi l'aller comme le retour du PBP.Je dois lire + vite que tu ne pédales.Et je vais refaire cette lecture avec
la carte pour m'arréter et profiter de nouveau et au maximum de ce récit.


A bientôt Daniel (sur le vélo bien entendu)et merci à toi mais aussi à joseph qui m'a permis de t'accompagner et à Jean Claude pour les photos.


Amitiés


Louis  


  



Joseph Guégan 03/11/2011 11:52



Merci Daniel,
Que cela fait du bien de lire ce récit, cela nous rappelle de bons souvenirs partagés.!
Merci également à Bernard pour les liens vers mon blog.
Amitiés



MILLOT Jean -Claude 03/11/2011 10:52



Encore bravo Daniel, ton récit est magnifique tu m'as fait revivre avec bonheur cette grande organisation. En regardant le blog de Joseph et notamment le graphique de ta progression, j'y
remarque que l'expérience emmagasinée dans les diagonales et les PBP t'aura servi puisque la courbe est parfaire par rapport à tes prévisions.Pour ceux qui seraient tenté de se lancer dans
l'aventure sachez qu'il n'existe pas d'organisation aussi bien réalisée dans le monde cyclotourisme.L'ambiance est extraordinaire et les encouragements sont présents sur tout le parcours.
Vraiment à faire pour connaître quelques frissons !! mjc



Andissac Guy 03/11/2011 10:38



Merci beaucoup pour ce récit, édifiant malgré ta modestie coutumière qui tendrait à banaliser la performance . Je suis admiratif devant un tel exploit physique et moral, un de plus à ton actif.
Bravo encore.