Paris-Brest-Paris, un tour de roue de plus ...

Publié le par Cahors CycloTourisme

La nuit du vendredi 17 au samedi 18 avril 2015 fut très courte. Je n'ai pas dormi, seulement reposé. Est-ce que je redoutais de ne pas me réveiller à l'heure, ou est-ce le fait d'affronter ce nouveau brevet de 300km? Sans doute un peu des deux. En tout cas le sort des 34 participants était entre mes mains car je détenais toutes les cartes de route.

Après une brève collation je me rends à La Barbacane. En arrivant sur le parking je vois quelques véhicules, coffre ouvert. Le ou les occupants s'apprêtent. Dans la pénombre j'entends le bruit caractéristique des cales des chaussures sur le sol, un bruissement de vêtement que l'on enfile mais pas beaucoup de paroles. Chacun s'affaire.

Je passe devant l'un d'eux, petit "bonjour, ça va !", et je file rejoindre le point de départ à La Barbacane, cet ancien corps de garde du XVIe siècle formé d’un bâtiment rectangulaire flanqué de deux tours carrées.

 

 

Devant la porte, déjà deux "candidats" attendent. Il n'est que 03h15. Pendant que je mets en place les cartes de route, et le nécessaire pour le café avec cake, Jean-Claude arrive. Et nous nous répartissons les tâches.

Au fur et à mesure les "brevetistes" apparaissent dans l'embrasure de la porte. Au début les visages sont un peu fermés. Serait ce que certains d'entre eux ont également peu dormis? Mais au fur et à mesure que l'heure approche les langues se délient un peu plus. Certains retrouvent des connaissances, des habitués de longue distance. Jean-Claude est très concentré, pointe minutieusement les noms et encaisse chaque participation. J'ai le temps de finir de me préparer pour être prêt au départ.

 

Dehors, devant La Barbacane, chacun, appuyé sur son vélo, attend. La brume nous enveloppe mais la température n'est pas trop fraîche. A l'heure prévue tout le monde enfourche son vélo. Nous nous élançons dans la côte des Evêques. Le petit peloton que nous formons s'étire.

Photo David Desmet

Les éclairages fonctionnent et vu de derrière c'est un serpent lumineux rouge qui s'étire. Très vite nous sommes dans l'obscurité. Un petit groupe se forme, d'autres ont pris les devants.

 

Nos éclairages ouvrent la route et illuminent les bandes réfléchissantes des gilets de protection de ceux qui nous précèdent. Rouler de nuit est, pour moi, assez envoûtant. Pas de bruit, juste la musique de la chaîne qui se déroule sous nos coups de pédale. Lorsque la route s'approche d'elle nous entendons aussi le bruit de l'eau qui franchit une chaussée. A cette heure-là la nature est encore en sommeil. Nous ne distinguons pas grand-chose et nos lunettes s'embuent à cause de l'humidité ambiante. Pas besoin de regarder la feuille de route, je connais l'itinéraire par cœur. Le rythme est bon, la navigation ne pose aucun problème.

Les premières lueurs du jour apparaissent peu après Cajarc. Le chant des oiseaux nous accompagne, éveille nos sens et libère la parole.

Photo André Vinatier

Je peux voir enfin le visage de mes cinq compagnons de route, Jean-Louis de Asson (64), Jean-Michel d'Objat (19), Roger de Saint-Affrique, Jean-Pierre de Lanuéjouls (12) et Alain de Cahors. Nous ne sommes pas les premiers au contrôle de Capdenac-Gare et le tampon du "Four à Pain" figure en bonne place sur notre carte de route. La boulangère, très agréable, est étonnée de voir des cyclistes à une heure aussi matinale. Pour un autre, arrivé bien plus tôt, il lui a suffi de m'envoyer une photo de son vélo appuyé sur le panneau d'entrée d'agglomération pour justifier de son passage.

Chacun se restaure à sa convenance pendant que d'autres, ceux qui nous précédaient, reprennent le sens de la marche.

La sortie de la ville après le pont sur le Lot est raide mais courte. La brume est encore là, jusqu'à Figeac et le long du Célé que nous quittons après Viazac-gare. C'est à cet instant que nous attaquons le vrai dénivelé. Au passage devant l'élevage de truites, un héron attentif guette une proie, les pattes dans l'eau. Il n'a même pas un regard pour nous. Plus nous grimpons, plus le ciel se dégage. La brume reste bloquée dans la vallée. Le soleil apparaît, nos corps se réchauffent. Chacun monte "à sa main". Ce n'est qu'à Latronquière (650m) que nous nous regroupons. Au centre du village un panneau de déviation nous invite à poursuivre sur une autre route pour rejoindre Sousceyrac à 12km de là. Un habitant nous rassure en nous disant que c'est le pont, enjambant le Tolerme qui alimente le lac, qui est en réfection et que les vélos passent sans difficultés. Connaissant bien les lieux je préviens tout le monde que nous pourrons, à la rigueur, contourner l'obstacle en empruntant le chemin qui entoure le lac. Il y aura dans ce cas là 4km en plus. En arrivant devant les travaux, nous remarquons très vite qu'il est inutile de nous affoler. C'est à pied que nous franchissons facilement les quelques mètres qui nous séparent du bitume devant nous.

Nous pouvons nous lancer à l'assaut du plus haut sommet du parcours de ce brevet. Mais pas d'inquiétude, ce petit col, "Le Pas des Aubiniés" à 654m d'altitude n'est pas difficile à franchir. Un pas de plus et nous voilà à Sousceyrac, autre point de contrôle.

Le bar de La Poste a accueilli bon nombre d'entre nous. La propriétaire se plie avec gentillesse au coup de tampon. Pour certains, un café, pour d'autres une boisson gazeuse fraîche pour pousser le sandwich, et hop! c'est reparti.

Le soleil est toujours présent, bien qu'un peu voilé, le vent plutôt favorable et toujours de belles vues sur les hauteurs de Saint-Céré où nous plongeons après une longue et belle descente sans coup de pédales, suivie d'une partie plate jusqu'à Saint-Denis-lès-Martel. Le groupe, toujours soudé, aborde alors la côte des Mathieux. Je redoute son pourcentage et je ne sais comment, après une nuit pas très bonne, je vais gravir sa pente. Je mets presque tout à gauche mais je sens très vite que cela coince. Alors patiemment, j'avance et je franchis ce petit col de 2km qui nous mène à Martel, cité aux sept tours. Petite halte déjeuner. Je perçois de la fatigue et j'ai des difficultés à m'alimenter. Mais il faut repartir. Mes camarades m'encouragent et jusqu'au bout ils seront près de moi. Merci à vous tous.

Nous atteignons Souillac sans trop de problème et la remontée de la vallée de la Borrèze n'est pas très compliquée. Par contre l'arrivée à Salignac me coupe une fois de plus les jambes. Les derniers hectomètres sont durs à franchir. Je m'impose une petite halte réparatrice à ce point de contrôle. Mes camarades ont décidé de m'attendre contrairement à mes recommandations de poursuivre leur chemin. Il m'est arrivé d'autrefois de vivre, seul, un tel coup de fatigue que j'ai toujours géré. J'apprécie leur état d'esprit, leur solidarité et leur soutien. Vaille que vaille je poursuis ma route, flanqué de mes protecteurs. Une belle descente nous conduit à Sarlat. Dans le flot de la circulation je pilote mes camarades pour sortir de la ville.

Après Vitrac, au loin, sur les hauteurs, à l'aplomb de la Dordogne se détache le village médiéval de Domme fondé au 13ème siècle. Notre petit halte à Cénac nous ravigote pour affronter les quelques bosses qui nous séparent du dernier point de contrôle de Luzech.

La côte du Loup après le lac Vert de Catus, je la connais bien, et elle m'a fait quelques misères, mais j'en suis venu à bout. La récompense est venue lorsque nous avons atteint le col de Crayssac (291m). Pour marquer l'évènement, je prends une photo de trois de mes camarades de route, les deux autres s'étant déjà engagés dans la belle descente de la Cévenne. Comme nous ils auront pu admirer la belle vue sur la boucle du Lot au bord de laquelle sont plantés des rangs de vigne bien alignés. Le château de Cayx, avant Luzech, dernier contrôle, domine cette vallée et ce vignoble.

Cette dernière halte tombe à point. Je suis heureux, comme mes camarades, et même s'il reste vingt kilomètres à parcourir, dans nos têtes c'est comme si nous étions arrivés. Alors nous nous offrons un peu de détente autour d'un verre. Quel plaisir ! Merci Roger. La suite n'est qu'une formalité, sauf incident.

A la Barbacane, la satisfaction se lit sur nos visages. La fatigue est bien là mais nous sommes satisfaits. Les conditions climatiques étaient vraiment idéales : pas de pluie, du soleil mais pas trop, du vent pas trop fort mais souvent favorable, une température agréable, même dans la partie nocturne. Le parcours était quand même exigeant et “casse-pattes”.

Je voudrais remercier le groupe dans son ensemble pour la bonne entente et la solidarité qu'il a manifestée à tout instant. Et puis félicitations à Alain, qui pour son premier 300km, s'en tire vraiment bien. A rééditer. Je me posais la question de savoir si je devais poursuivre la quête des brevets. Et bien aujourd'hui, dans ma tête, il n'y a pas de doute. Mais qu'en pensent mes jambes ?
 

PS : Merci à Jean-Claude de s'être levé tôt pour assurer la remise des cartes de route et avoir fermé la porte derrière nous.

Texte Daniel Arnaudet
NOMBRE PARTICIPANTS
Inscrits Non partants Abandons
40 2 4

 

PARTICIPANTS PAR DEPARTEMENTS
Aveyron Cantal Corrèze Lot Lot&Garonne Pyrénées Atl. Tarn&Gar. Hte-Vienne
3 9 3 10
Dont 2 de Cahors
2 1 5 1